Le parallèle peut surprendre, mais - après tout ! - pourquoi pas ? J'en profite avant d'être censuré par une loi que souhaiterait déposer N. Morano, la nouvelle Cruella du Gouvernement, à l'encontre des blogs politiques... N. Morano, nommée sous-ministre à la Famille, malgré son échec à Toul, voilà le cher mérite prôné par le Prestigieux remis en cause...

Tout d'abord, trois jours après la "branlée" (dixit le chef de l'Etat lui-même, cf. "Le Canard enchaîné" d'aujoud'hui) infligée à la droite aux municipales et cantonales, il convient de revenir sur les discours des représentants de l'UMP qui - mauvais joueurs, mauvais perdants - n'ont pas hésité à dénier la victoire de la Gauche.

Je suis persuadé que nombre d'électeurs et de téléspectateurs ont été sidérés devant de tels discours ineptes, absurdes et hors de propos. Et l'argument massue asséné était celui-ci (d'une drôlerie imparable) : "Nous y voyons une impatience, une volonté de réformes". Incroyable, le peuple pour montrer son envie de réformes, vote massivement à Gauche et fait basculer des bastions imprenables ! Plus c'est gros, plus cela passe...

Pancho, toujours dans mon palmipède préféré, a l'air surpris lui aussi. Dans un dessin représentant Fr. Fillon et intitulé "Fillon prêt à tirer les conséquences", il fait dire au Premier des ministres : "Voilà !... Les Français ont choisi l'immobilisme, le conformisme, le conservatisme et le ringardisme de la gauche, pour nous encourager à accélérer le rythme de nos réformes !" Effectivement, on se pince !

L'autre argument de la soirée électorale était : "Il ne s'agit là que d'un simple rééquilibrage par rapport à 2001 et de toute façon, les élections intermédiaires sont toujours défavorables au pouvoir en place." Faux. D'abord, il faut dire que dix mois après l'installation d'un président de la République, on n'avait jamais vu un tel désavoeu. En 1977, Giscard était sanctionné après trois années à l'Elysée ; en 1983, Fr. Mitterrand payait la "pause" dans les réformes après deux années de pouvoir ; enfin en 2001, L. Jospin payait le ralentissement de la croissance après quatre années à Matignon...

A l'inverse, les élections de 1971 confortèrent G. Pompidou, celles de 1989, Fr. Mitterrand et celles de 1995, J. Chirac. Les élections intermédiaires ne sont pas toujours une sanction au Gouvernement, au contraire, parfois elles sont un encouragement (encore une fois, les élections intermédiaires entre 1997 et 2000 furent favorables à la Gauche).

Après cela, on se dit qu'ils vont finir par changer leur fusil d'épaule. Que non point ! "Nous allons dans le mur, ces élections nous prouvent qu'il faut y aller encore plus vite." En refusant d'admettre la défaite, le président de la République et son Gouvernement de copains prennent le risque de se faire sanctionner encore plus fortement dans les années qui viennent. L. Jospin, en 2001, avait eu la même attitude... Et il y eut le 21-avril-2002...

Certes, le Borgne de Saint-Cloud n'est plus en mesure de faire trembler qui que ce soit (encore que la bête immonde ne soit pas totalement morte). Alors, que fera le peuple ? Il votera à l'extrême-gauche ? C'est une éventualité mais tout de même, on ne peut pas l'affirmer. Il descendra dans la rue ? C'est plus probable. De là à décapiter Sarko, Fillon et consorts, il y a un pas que je ne franchirai pas mais on ne mesure jamais assez le peuple mobilisé et désespéré dans une rue. On ne sait ce qu'il pourra(it) faire...

Que ferions-nous à la place de ce gouvernement ? Se flageller ? Comme le préconise le porte-manteau turinois dans sa tribune pour A. Routier, journaliste au "Nouvel Observateur" ? Cela a du bon. Louis XV avait calmé les choses - et le peuple, déjà - en faisant une confession publique...

Donc, aujourd'hui dans une tribune publiée dans "Le Monde" et intitulé "Halte à la calomnie", l'épouse présidentielle dénonce les "mauvais journalistes" comme A. Routier et ses copains du "Nouvel Obs".

Citant tour-à-tour Chateaubriand (qu'elle a bien connu), G. Elmaleh (!) et elle-même (!!!), elle se fait Bernadette Chirac (Chichi impératrice) en utilisant le "mon mari" pour parler de l'Autre. "L'affaire du faux SMS est close ; mon mari vient de retirer sa plainte contre Le Nouvel Observateur après réception de la lettre d'excuses qu'Airy Routier m'a adressée."

Le plus drôle et ce qui laisse perplexe, c'est que ce soit elle qui ait reçu la lettre d'excuse. Elle n'était pourtant pas mise en cause, le faux SMS émanait du chef de l'Etat à son ex-épouse. Que venait faire C. Bruni dans cette histoire ? C'est vrai, je suis de mauvaise foi, là, mais après tout, en quoi cela la concerne ? Les maîtresses royales étaient congédiées avec moins d'égards... Qu'elle se réjouisse, donc !

Parlons de cette plainte. Elle était condamnée à être retirée, de toute façon. Ou à faire "pshitt". Si C. Bruni-Sarkozy avait lu mon hebdomadaire satyrique favori il y a quelques semaines, elle aurait su que "son mari" selon la Constitution, ne peut aller devant une cour ordinaire pour intenter un procès. Les procs et magistrats instructeurs se grattaient déjà la tête en voyant la patate chaude déposée sur leurs bureaux. D'autre part, un journaliste - selon la loi - a le droit de protéger ses sources. "Le Nouvel Observateur" et A. Routier n'étaient donc pas inquiets, voire inquiétés.

Certes, le procédé est assez lamentable. Un grand hebdomadaire qui se met à faire les poubelles, c'est toujours déplorable. Mais ils y sont bien obligés. Qui a pipolitisé à souhait notre démocratie, sinon notre Prodigieux ? Qui a délibérément étalé sa vie privée avant que celle-ci ne s'étale littéralement ? Qui est allé à Disneyland avec sa nouvelle nana en conviant les journalistes ? Qui, avant sa conférence de presse de janvier dernier, avait fait dire aux journalistes qu'"ils pouvaient poser toutes les questions, toutes" (d'ailleurs, la première question qui lui fut poser tournait autour de son remariage et émanait d'une journaliste politique) ?

C'est bien beau de fustiger les journalistes mais qui les a instrumentalisés ? C'est bien beau de citer la charte de déontologie du "Nouvel Observateur", mais qui dégrade l'image de la France avec sa foutue vie privée ? C'est bien beau de mettre en cause les journalistes, mais qui se balade en Jordanie avec le môme de sa copine sur les épaules ?

La first lady franco-italienne ne condamne pas la pipolitique et le respect de la vie privée pour les politiques ("L'époque le réclame", "Pourquoi pas ? Le débat est ouvert"), elle met en cause la véracité des informations avec cette phrase incroyable, bouleversante, dans la bouche d'une Première dame de France : "Voilà bien le problème : quand on est indiscret, il faut être sûr de ce qu'on raconte".

Alors, C. Bruni-Sarkozy et les municipales, même combat ? Sans doute. En refusant de voir les réalités, le Gouvernement prend le risque de mettre la révolte dans le coeur des Français. Et en ne condamnant pas l'irrespect de la vie privée et en insultant presque A. Routier et "Le Nouvel Obs" (comme si elle n'attendait que cela), C. Bruni-Sarkozy décrédibilise encore plus son "mari" et sa fonction. "Quelqu'un m'a dit" que tout cela, c'était un beau gâchis. Heureusement, fort heureusement, il nous restera toujours de cette rocambolesque affaire du SMS la chanson de J. Cherhal : "Si tu reviens, j'annule tout."

JDD du 19 mars 2008