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16/12/2006

LA JUSTICE REFUSE-T-ELLE DE RECONNAITRE SES ERREURS ?

Affaire Seznec, le rendez-vous manqué de la Justice avec l’histoire

medium_SEZNEC5.jpgQuatre-vingt-trois ans après les faits, Guillaume Seznec ne sera pas réhabilité. Ainsi en a décidé la Cour de cassation réunie en Cour de révision jeudi 14 décembre en rejetant la treizième demande de réhabilitation déposée, cette fois par la Chancellerie elle-même. Contre la réquisition de l’avocat-général qui avait fait part de sa conviction de l’innocence du condamné et dénoncé la machination policière;

(Reprise de l'analyse de Henri Moreigne sur Agora vox)

Rarement histoire criminelle aura fait couler autant d’encre. Rarement aussi l’institution judiciaire aura semblé aussi figée et aura autant mérité les adjectifs qui la qualifient communément: aveugle, raide...

Si la Justice est censée, par ses décisions, faire cesser les troubles à l’ordre public, la Cour de révision en l’espèce ajoute du trouble au trouble.

L’une des grandes avancées pour le justiciable fut la naissance de la justice administrative qui mettait fin à une conviction selon laquelle "l’Etat ne peut mal faire". Or aujourd’hui, on a confusément le sentiment d’un retour à ce principe dans le domaine sensible du pénal.

La décision de la Cour de révision ramène l’institution judiciaire dans ce qu’elle peut avoir de pire, le refus de l’amendement, de la reconnaissance de l’erreur passée. "L’erreur est humaine, persévérer est diabolique", dit l’adage romain. Siècle après siècle, les hommes semblent condamnés à ne pas tirer les leçons du passé. Et ce n’est pas un hasard si dans le public se trouvaient le petit-fils d’Alfred Dreyfus et l’une des victimes de l’affaire d’Outreau, M.Marécaud, tous deux solidaires du petit-fils de Guillaume Seznec.

Autre élément de malaise, la démonstration que le doute ne profite pas toujours à l’accusé. La Cour de cassation s’en est tenue au droit en se refusant de remettre en cause la culpabilité de Guillaume Seznec quand bien même des éléments tendent à prouver que l’enquête de police menée à l’époque a été orientée pour fabriquer la culpabilité de Guillaume Seznec.

En reconnaissant Guillaume Seznec coupable, la Cour déclare, après un vote à bulletins secrets, qu’elle n’a aucun doute sur sa culpabilité. C’est avec une émotion légitime, la voix chevrotante, que le défenseur de la famille Seznec a, à sa façon, résumé la décision par ces mots: "Mieux vaut innocenter la Justice, plutôt qu’innocenter des innocents."medium_seznec.jpg

On comprend et on partage la déception de Denis Seznec, le petit-fils de Guillaume qui a voué sa vie à la réhabilitation de son grand-père. Sa persévérance, son combat n’auront pas été totalement vains. L’opinion publique a elle, dans sa grande majorité, classé Guillaume Seznec parmi les victimes d’erreur judiciaire.

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